En vrac... la suite.

Publié le par Saint Luc


Comme je l'écrivais l'actualité a été fournie ces derniers temps, donc je continue sur ma lancée. Parce qu'il y a beaucoup à dire et à penser, si tant est que l'on se donne la peine de faire cet effort de réflexion...

D'ailleurs, je vous préviens tout de suite, ça risque de faire mal, parce que c'est tout de même pas mal long : moi quand je m'énerve et que je suis outré je ne m'arrète plus, et j'en met des couches et des couches histoire de bien remettre les choses à plat et en place...


Donc pour les fainéant, pas d'hésitations, passez votre chemin il n'y a rien à voir !


Car contrairement à Galoune, qui ne s'informe qu'à dose homéopathique, j'ai l'oeil rivé sur la planète et l'oreille vissée au pouls du monde, avec ce que ça compte d'énervements (souvent), d'emportements (parfois) et de fascinations (de temps en temps). Et c'est bien naturel à ce qu'il me semble, puisque comme le dit la rèclame "c'est le jeu ma pauv' Lucette" !


Alors, histoire de ne pas faire non plus les choses n'importe comment, nous allons revenir sur les déclarations de notre bien aimé et adoré Président vu que nous en étions restés là, où plus exactement sur ce que cela a provoqué par la suite. Et il me semble que j'avais traité du Un et du Deux, donc :

 

 

 


Troisièmement donc, les commentaires à cet égard des deux principaux lieutenants du chef de l'état sont assez malheureux, si ce n'est totalement cruches. Parce qu'il faut s'appeler Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, ou Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, pour arguer avec force conviction que "puisqu'aucun nom n'a été cité, ça ne pose aucun problème".


Sauf que ça n'a rien à voir, ou si peu.


Parce que la présomption d'innocence ne s'applique pas seulement à certains, mais bel et bien à tous, sans distinction. Ce n'est pas de diffamation ou d'injure qu'il s'agit là et ce n'est d'ailleurs pas le motif retenu par l'action qui est engagée.

Et encore, même dans ce cas là, l'argument est plus que spécieux : en suivant ce genre de raisonnement, dire "les membres de l'UMP sont tous des voleurs, des imbécilles patentés et des c***" ne pourrait pas constituer un problème vu que personne n'a été nommé !

Mais je m'égare, parce qu'il n'est pas question de qualification (qui est du ressort de l'action judiciaire engagée ou pas d'ailleurs par le procureur ou son substitut, et éventuellement des plaignants), mais de la confusion entretenue entre personnalisation et caractérisation, ce n'est pas parce qu'une infraction n'a pas de victime désignée qu'elle n'existe pas et qu'elle ne peut pas être caractérisée.

Cette défense n'est pas seulement faible, elle est un beau syllogisme qui démontre un sens de l'amalgame évident et sans doute volontaire, ou alors d'une idiotie certaine.

Là encore cela pourrait passer pour un manque d'inspiration ou pour une simple erreur que n'importe qui pourrait commettre, si ce n'était que l'un de ses auteurs est tout de même licencié en droit.

Parce que la palme revient sans conteste au deuxième, qui malgré ces diplômes avait déjà auparavant confondu plaignant et victimes sur la même affaire d'ailleurs, alors même qu'il disait lever là des doutes et des confusions, ce qui commence à faire désordre à force il me semble pour quelqu'un ayant fait des études de droit.

Tout comme il s'est il y a peu de temps fendu d'un commentaire sur une autre affaire, cette fois d'enlèvement (indubitablement caractérisé) et de viol (présumé) dont le prévenu serait donc récidiviste, en demandant publiquement devant force de caméras et de microphones si l'on ne devait "pas enfin décider la mise en oeuvre de la castration chimique pour ce type d’individu ?".

Non seulement c'est faire fi de la présomption d'innocence, cela devient une habitude dans la majorité présidentielle, même si les faits semblent laisser il faut bien le reconnaître peu de place au doute, mais surtout il fait très exactement ce que l'on souhaiterait qu'un responsable public ou politique évite : que l'on puisse s'indigner, cela peut se comprendre et c'est naturel et humain à vrai dire, mais que l'on appelle publiquement à une sanction (et je devrais dire à l'application d'une peine, pour faire bonne mesure et avoir la même rigueur que celle dont j'accuse de manquer notre protagoniste) et sous-entende ensuite qu'il faudrait légiférer en la matière, est tout simplement inacceptable.


Et là je pèse mes mots.

 

Inacceptable pour plusieurs raisons : tout d'abord c'est nuire à la sérénité de la justice, mais après tout elle n'est plus à cela près par les temps qui courent, ensuite c'est confondre et laisser croire aux citoyens et à tout ceux qui l'écoutent ou l'entendent, que justice et vengeance sont la même chose, mêler pouvoir judiciaire et pouvoir législatif, et enfin moralement ce n'est faire que bien peu de cas de l'indignation et de la douleur de la famille en se substituant à elle, en substituant sa parole à la leur.

En effet, il y a beaucoup de raisons pour lesquelles la justice n'est pas confiée, décidée et rendue par les plaignants, ne serait-ce que parce que les plaignants ne sont pas forcément les victimes, que parfois il n'y a pas vraiment de victimes non plus, et surtout pour éviter que cela tourne quasi systématiquement à la loi du Talion.

Car là il s'agirait de vengeance et non pas de justice, car là où la première vise l'équité, la seconde vise l'égalité. Pour être rendue la justice a donc besoin de sérénité et non pas d'émotion, et encore moins d'imprécations, si la vengeance est affaire d'affliction, de passion et de sentiment, la justice est affaire de tempérance, de pondération et de raison, et lorsqu'une peine a été prononcée, on ne peut lui en ajouter une autre arbitrairement, sur de simples présomptions ou craintes, puisque la justice se fonde justement sur la fait d'émettre des sanctions pour quelque chose qui est effectivement arrivé, la peine étant la conséquence d'une infraction.

Et à ma connaissance la peine avait bien était effectuée, et si l'on peut s'interroger sur l'application de ce genre de peine, et tout aussi bien sur la validité, la nature et l'importance de la peine, il est navrant de constater qu'il faut attendre une affaire pour que cela soit fait. Ce qui ne devrait jamais être le cas, car comment garder la mesure, ne pas être tenté de faire un exemple, continuer à prétendre appliquer à tous la même sanction à tous pour les mêmes faits, espérer proportionner la peine à l'infraction commise, se garder de prononcer trop hativement un jugement pour être certain de ne faire aucune erreur, et aucune qui soit irréversible, dans de telles circonstances ?

Légiférer tambour battant, en fonction d'événements et de faits divers est aussi nuisible que de juger de la même façon, et perd de vue justement ce qui est le fondement de sa légitimité, décider ce qui doit et va s'appliquer à tous indistinctement sans subir de contraintes, de pressions ou d'obligations. C'est-à-dire fonder l'égalité et la loi sur la réflexion, en pesant le pour et le contre, en pensant à toutes les implications qui vont s'ensuivre, au bien et à l'intérêt général par rapport aux occurences d'un problème, et fonder aussi l'égalité et la loi sur le temps de cette réflexion, et non dans l'urgence ou comme réponse à un événement ponctuel, aussi horrible et terrible qu'il puisse être.

Enfin, d'un point de vue moral il est assez difficile de comprendre comment l'on peut s'arroger le droit de prendre la parole au moment ou les seuls qui ont le droit d'exprimer leur indignation, leur colère et leur douleur sont la famille et les proches. De là à dire que c'est malvenu, indélicat et inaproprié, parler de récupération et d'instrumentalisation, il n'y a qu'un pas, que je franchis allègrement tant cela me choque.

Malgré tout, j'ai du mal à croire que l'on puisse arriver à de telles responsabilités et une telle position en étant un véritable crétin et si peu fin.

Il n'est donc pas bien difficile de deviner le pourquoi de ce genre de sorties, même si c'est en toute bonne foi et avec les meilleures intentions du monde, car je ne doute pas qu'il soit convaincu de l'utilité et de l'importance de ses interventions - en tout cas il faut tout de même l'espérer - et sans doute aussi que la fin justifie les moyens.

En cela notre porte-parole de l'UMP ressemble à un personnage bien connu des internautes, le troll :

 

Diane Arbus, Jewish Giant at Home with his Parents, 1970


En effet, si l'on en croit la définition que l'on peu trouver un peu partout, c'est un personnage qui multiplie les messages, ou plus subtilement provoque leur multiplication, et bien qu'ayant conscience des limites à ne pas dépasser choisit les sujets qui peuvent fâcher ou litigieux, qui justifie ses propos ou son attitude en arguant du fait que la situation est tellement grave qu'elle justifie ses sorties, de façon constante pratique les insinuations douteuses et les amalgames de tout poil, assimilations et généralisations hâtives. Mais plus que tout, la caractèristique principale du troll tien au fait qu'avec lui un débat n'est jamais véritablement clos, car à la suite d'une déclaration erronée ou mensongère, même après que l'on a démontré son inconsistance et son incurie, il l'utilise et s'en ressert à nouveau quelques temps plus tard.

 

Je n'irai pas plus loin dans ce petit jeu du rapprochement, il me semble bien évident que la définition correspond plus que parfaitement, et je ne peux que rejoindre l'analyse que l'on trouve par là et surtout sa conclusion, même si - vous savez bien que j'aime les contradictions - je fais là exactement le contraire.

 

 

 

Quatrièmement, il paraît difficile de ne pas revenir non plus sur les bons services des journalistes qui, s'ils ne sont ça fait pas un pli sans doute pas les meilleurs, sont sans aucun doute ceux qui sont les plus suivis et les plus écoutés dans tous les coins de France et de Navarre, à savoir ceux qui officient à la télévision.


Et parmi ceux-ci, celui du journal de 13 heures, Jean-Pierre Pernaut, a expliqué récemment que certaines choses n'étaient pas des informations et lui semblait douteuses, après qu'un certain nombre de téléspectateurs se sont d'abord interrogé, puis plaint, et que le médiateur de sa chaine a été saisi, que s'il n'avait jamais parlé ni des déclarations du ministre de l'Intérieur lors d'un récent meeting et largement diffusé sur internet puis sur la plupart des médias, ni de la polémique qui les ont suivi, ni même des explications et des justifications qu'il a donné ensuite, de cette sorte de réflexe de l'autruche.

 

Benedetta Bonichi, La métamorphose, 2007

 

Récemment intérrogé à ce sujet, le journnaliste à invoqué sa ligne éditoriale, ajoutant que celle-ci lui laissait la liberté de sélectionner les informations qui lui paraissait intéressantes, et que tout cela "n'est pas une information", précisant au passage que cela l'étonnerait vraiment que le ministre ait pu tenir des propos à connotation raciste. Ce qui reste à voir, car il s'agit bien d'une affirmation personnelle, et en tout cas laisse songeur quand aux réflexes journalistiques de son auteur, tout comme au soin apporté à la vérification des informations et au travail d'enquète ainsi qu'on peut le voir par ici.


A dire vrai, je ne suis pas opposé du tout au journalisme à la télévision, ni même à ce qu'il y ait là une ligne éditoriale - pour être honnête, comme je ne crois pas que l'objectivité existe réellement , pour des raisons qu'il serait peut être un peu long à expliquer ici, au contraire je crois qu'avoir une ligne éditoriale claire est une très bonne chose - quelle qu'elle soit tant qu'elle est définie et explicite.

Là où je suis beaucoup plus sceptique, c'est lorsque cette ligne éditoriale que l'on affiche permet ou vient en lieu et place de l'information : je ne vois pas bien comment il est justifiable de passer sous silence des informations reprises et relayées par une grande partie des journaux, et ce au seul profit d'autres qui, si elles me semblent anecdotiques, peuvent tout à fait avoir leur place si ce n'est que leur place n'est certainement pas celle des premières.


Pour le dire autrement, une ligne éditoriale c'est choisir certes, mais choisir quelle importance et quelle place on accorde à telle ou telle information, et pas choisir telle ou telle information.

 

Ou alors c'est faire bien peu de cas de l'éthique à ce qu'il me semble. Que l'on rapporte des nouvelles selon un certain point de vue, bien sûr, que l'on se permette de refuser d'en rapporter certaine est à mon sens soit de l'incompétence notoire, soit de la malhonnêteté intellectuelle.


 

 

Cinquièmement, et pour finir avec ce qui est de la majorité présidentielle (parce qu'il y a aussi à dire sur l'autre bord), les bras m'en tombent lorsque j'entends le ministre de l'Immigration, Eric Besson, parler de "délicatesse" après l'évacuation et le démantélement des campements de migrants sans papiers situés près de Calais.

En effet, notre nouveau protagoniste ne craint ni l'autocongratulation, ni l'approximation, ni l'abus de langage en utilisant ce terme.

Précisant même que les membres des Compagnies Républicaines de Sécurité se sont déchaussés avant d'entrer dans l'une des constructions que les habitants nommait "la mosquée", et qu'elle avait été démontée "avec dignité, à la main" au lieu d'être détruite par des engins après avoir été vidée de son mobilier et de tout son contenu, placé et confié aux musulmans calaisiens.

D'abord, de cela aucune image, ni aucune confirmation par qui que ce soit, les journalistes ayant été interdit de site pendant les opérations. Pire, une militante affirme même avoir sauvé in extremis un ex-voto, tout comme il n'est jamais fait mention d'un mausolée pourtant dressé par les migrants en souvenir de l'un d'entre eux mort assassiné l'année précédente.

Mais plus que cela, c'est le principe même qui est bizarrement mis en avant ici. En effet ce serait de la "délicatesse" d'avoir agi comme cela, le cas échéant, mais si le lieu de culte avait été autre, aurait-on vraiment parlé de "délicatesse" ? Pour ma part, j'aurais plutôt tendance à croire que l'on aurait plutôt trouvé ça normal, juste normal. Rien de délicat, de spécial ou de particulier donc là-dedans devrait-on dire.

Dans les faits ensuite, quoi de délicat dans le fait de convoquer ou ne serait-ce que de prévenir la presse et les associations, et donc de médiatiser une telle action ? Bien au contraire, il ne s'agit pas de faire ce qui serait - selon le ministre - la stricte application et le rétablissement de la loi républicaine, mais de la mettre en avant, en afficher l'idée, la réalisation et les éventuels résultats, bref profiter de celle-ci en la claironnant bien haut à la face des citoyens :

 

Giotto di Bondone, Polyptique Baroncelli, détail, vers 1334

 

Une "délicatesse" toute relative donc, et ce d'autant plus que l'intervention s'est faite au lendemain de la fin du Ramadan, soit juste après la nuit de l'Aïd el fitr, pendant laquelle les musulmans célèbrent la rupture du jeune pendant une grande partie de la nuit, ce qui est on ne peut plus délicat, là aussi.

 




Publié dans Humeur

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galoune 11/10/2009 21:19


Légiférer tambour battant, les lignes éditoriales...
ILS ME FONT TOUS VOMIR!!!
Que dire de Frédéric Mitterand disant cet après-midi que Milos Forman étant là, son job de ministre de la culture était de se précipiter à sa rencontre... Et que ses jounées de travail étaient E P
U I S A N T E S !!!
Le pauvre, il faut qu'il aille se reposer à l'usine!!!
Encore un Berlusconi au gouvernement, pour qui travailler se résume à paraitre... Agh!!!!!!! Bon, en même temps, la droite n'a jamais été bien interessée par la culture...
Tu marches dans quel périmetre ces jours-ci???


Saint Luc 12/10/2009 10:25


Dieu du ciel, je te sens bien remontée...

C'est clair que la conception que l'on peut avoir du travail n'est pas vraiment la même suivant dans quel monde on évolue, et notre bon ministre de la culture ne semble pas réellement être un
boureau de travail ni un tâcheron convaincu !
Ceci dit, je pense (je devrais peut être dire j'ose croire) que certains font tout de même leur job et du mieux qu'ils le peuvent. D'ailleurs j'avoue que ma préférence, droite et gauche confondue,
va nettement à ceux qui occupent leurs fonctions sans se préoccuper de parader à tout bout de champs, ce qui n'est pas si courant (je pense par exemple à Alliot-Marie, Bussereau, Kosciusko-Morizet,
Lagarde, Morin dans l'actuel gouvernement) et sont en général ceux qui sont pas forcément aimés des agents qui en dépendent mais au moins respectés, bizarrement...

Pour ce qui est de mon champ d'action, il augmente chaque jour un peu plus, et je peux maintenant aller et venir à peu près comme je l'entends en fonction d'un ravitaillement en vol ;)
Mais il reste quand même à la fois le problème des heures de sorties (pas géniales), d'une stabilité relative de mon genou (et donc éviter les bus ou les courses trop lointaines), et d'un
déplacement avec canne anglaise (ce qui fatigue assez vite en fait), mais je ne vais pas bouder mon plaisir, tout s'améliore à une vitesse proprement ahurissante (que mon chirurgien et mon kiné
soient bénis) et devrait donc rapidement rentrer dans l'ordre.
Et toi, comment vont tes histoires d'emplois, et surtout celles du Loup ?


tahiti45 10/10/2009 19:53


quelle analyse !!!!!!je suis époustouflée
jamais je n'aurais poussé le raisonnement aussi loin
ceci dit c'est fort intéressant


Saint Luc 11/10/2009 12:36


Merci...
Mais je ne te crois pas une seule seconde quand tu dis que tu ne pousse pas l'analyse aussi loin : je te rappelle que je te connais un peu !
Tu trouves que ça va loin, et encore, je me suis retenu...