Ad litem

Publié le par Saint Luc





Divorce.


Dieu que ce mot est laid.


Je n'aime ni sa sonorité, ni sa forme, ni bien entendu ce qu'il représente. A dire vrai, je n'aurais jamais pensé tenir ce genre de discours. Ne serait-ce que parce que la probabilité que je sois un jour marié me paraissait bien mince.

Non pas que je n'aime pas le concept de mariage, mais tout simplement parce que ce qui me semble fort et beau dans le mariage est justement ce qui m'échappe.

Je m'explique : à mon sens, ce qui est particulièrement magnifique dans le mariage, c'est de croire, avoir la prétention (ou l'inconscience suivant comment on voit les choses) et d'oser jurer devant ce en quoi l'on croit que l'on va tout faire pour aimer l'autre et faire en sorte que cela puisse durer, bon gré mal gré.

Prendre à témoin en quelque sorte non seulement les hommes mais aussi une puissance supérieure, puissante et mystérieuse, ce qui suppose non seulement la foi en ses propres sentiments, mais aussi en l'autre, et plus que tout en un Dieu, quel que soit le nom que l'on veuille lui donner.

C'est cette dernière partie qui m'a toujours fait tiquer, me disant que sans elle point n'est besoin de faire de mariage, la plus belle preuve des deux premières convictions ne l'exigeant pas, et pouvant tout aussi bien se démontrer de bien de façon, entre autres par la fidélité, la cohabitation, la naissance d'enfants notamment.

Bref, tout ça pour dire qu'il me paraissait peu certain de me marier un jour, et que pour que ce soit le cas il faudrait bel et bien que je sois convaincu d'avoir en face de moi celle que je cherchais depuis toujours, celle qui me donnerait l'impression de la connaître depuis toujours, celle dont je trouverais chaque différence comme une merveilleuse surprise, celle qui me ferait chavirer à chaque fois, celle que je pourrais considérer réellement comme un véritable alter ego, que je respecterais tout aussi bien sur le plan moral qu'intellectuel, celle qui saurait me tenir tête à juste titre, celle à qui je n'aurais pas peur de montrer et d'avouer mes faiblesses et mes peurs, celle qui me donnerait envie et suffisament confiance dans l'avenir pour faire des enfants, celle avec qui je voudrais vieillir, celle vers qui irait ma première pensée en m'éveillant le matin et vers qui irait ma dernière pensée en fermant les yeux le soir, celle que j'aimerai plus que moi-même et dont le bonheur passerait avant le mien.

Et je l'ai cru.

Vraiment.

Profondément.

Intimement.

Mais quoi qu'il en soit, ça me paraissait du coup assez difficile pour ne l'envisager que comme une hypothèse plus que comme une probabilité. Alors penser à ce qui pourrait bien arriver ensuite ne m'effleurait même pas, sans compter que dans le seul scénario où je pourrais me retrouver marié la conviction serait telle, et celle de l'autre aussi d'ailleurs, qu'elle nous préserverait d'un tel désastre. Je n'y pensais même pas, pas une seconde, et encore moins sérieusement.

Seulement voilà, la vie nous rattrape parfois, et les choses nous arrivent comme dans un rêve et se dénouent tout aussi vite sans que l'on sache bien comment et pourquoi.

Pourtant je n'ai pas de regrets, ni de remords.

Bien sûr, comme n'importe qui j'ai commis des erreurs, des tas d'erreurs à vrai dire, mais je ne peux pas m'empêcher de croire que ce n'est pas ça qui fait la décision au bout du compte.

Sans doute parce que j'ai le sentiment d'avoir fait, sinon l'impossible, tout au moins tout ce que je pouvais, tout ce qui était en mon pouvoir.

Seulement parfois cela ne suffit pas, parfois ce n'est pas assez.

J'imagine qu'il y a beaucoup de raisons à ce qui s'est passé, à comment les choses se sont déroulées, enchaînées les unes aux autres inéxorablement, mais à bien y réfléchir même après tout ce temps il n'y en a jamais que deux qui comptent à ce qu'il me semble.

Seulement deux.

Mais deux de trop.

Deux, mais insurmontables.

Deux choses que l'on voulait de moi, mais que je ne pouvais donner. Et que de toute façon je ne savais même pas que c'était ce que l'on pouvait attendre de moi. Et que je ne savais même pas que ces choses je ne pouvais les donner.

Seulement deux.

Mais deux choses que je n'ai pas compris.

Mais deux choses que j'ignorais.

C'est peut être pour ça que ça me paraît ridicule de divorcer. Mais d'un autre côté, au vu de la situation actuelle, vu que mon mariage n'est plus qu'un décor de carton-pâte, plus qu'un souvenir lointain, et n'existe plus réellement, vu qu'il n'y a plus de place pour aucun dans la vie de l'autre, ni aucune raison de croire ou de se battre encore, ça me paraît plus ridicule encore de rester marié.

Je l'ai déjà dit, je ne suis guère du genre à me résigner facilement, ou à me rendre sans combattre et à déposer les armes rapidement, mais un jour ou l'autre il faut bien savoir aussi se rendre à l'évidence et savoir quand on est vaincu.

On devrait toujours le savoir.



 

 

 

 

 


Ps : Histoire de rassurer certains (et certaines) sur ma santé mentale et sur mon état d'esprit, même si je ne publie cet article que maintenant, en y ajoutant quand même au passage quelques corrections, je l'ai écrit il y a déjà quelques temps de cela...

 


 

Publié dans Humeur

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baladine 02/01/2010 12:22


et non, je ne suis pas nouvelle venue ici excuse moi, Luc, j'ai oublié de signé de mon vrai nom (baladine = Carole ex miettes) qui a changé de peau ! j'aime bien changer et me déguiser. Les
histoires d'amour finissent mal en général, en tout cas elles finissent... souvent ! alors que l'amitié est plus solide je crois. j'ai quelques ex avec lesquels je suis restée amie, mais tout
dépend des personnes je crois et du vécu dans la relation. Mais c'est possible oui puisque j'en fais l'expérience ! il est bon en amour comme en amitié de ne pas se sentir pris au piège de la
FUSION ! c'est quelque fois difficile. Bonne Année à toi et de l'amour, de l'amour de l'amour car même si ça fait souffrir des fois, c'est quand même ce qui peut nous arriver de mieux dans la vie
!!!!


Saint Luc 03/01/2010 12:33


Tu n'as pas à t'excuser, il n'y a pas de mal, et ça me fait plaisir de te revoir...
Je ne voudrais pas rallumer dès le début d'année un grand débat sur les différences hommes/femmes, mais je crois tout de même que c'est assez féminin de vouloir ou de garder des contacts et des
relations avec des amours passées, non ?
Je pense qu'un homme a du mal à concevoir bâtir une nouvelle et belle relation si il y a encore des fantomes qui rodent dans les parages, mais je tire peut être trop de généralités de mon
expérience et de celle de mes amis, après tout il est possible que nous ne soyons pas vraiment représentatifs !
Par contre, tu as bien raison, l'amour vaut toujours la peine quoi qu'il en soit, et même si ça fait mal et fait souffrir parfois, c'est aussi ce qui nous fait sentir vivant, plus beau et plus
grand que nous ne sommes...


Amelie 24/12/2009 18:22


L'article, j'ai hâte (-:
Mais vue l'heure à laquelle tu as répondu à mon commentaire, si tu es allé juste après chez moi, tu n'as pas dû voir les explications de ces histoires de boîtes aux lettres, etc.
Depuis elles ont été publiées et j'espère qu'elles auront satisfait ta curiosité !


Saint Luc 27/12/2009 22:06


Oui, sur le coup je n'avais pas bien compris, mais depuis j'ai eu le temps d'aller lire... c'était pas mal du tout !!! Je me suis payé une bonne tranche de rigolade à vrai dire !


baladine 19/12/2009 22:40


waouh cette histoire, ton histoire me renvoie de plein fouet la mienne sauf que je suis de l'autre côté : du côté de celle qui part. et j'ai reçu tous les torts, avec la culpabilité en prime de ne
pas avoir été à la hauteur de ce "grand amour". C'est trop compliqué, trop compliqué ! on est deux de toute façon pour le meilleur et pour le pire, dans le mariage ET le divorce et quand il y a un
enfant, le lien ne saurait se dissoudre... jamais. Car il n'y a pas que l'amour entre les êtres (avec le sexe qui va avec... et c'est là le nerf de la guerre bien souvent) l'amitié est toujours
possible si on veut bien dépassionner le débat et les relations (mais ça prend du temps)


Saint Luc 24/12/2009 13:49


Bienvenue à toi, tout d'abord...
Pour ce qui est de cette histoire, j'imagine que oui, il est toujours possible de voir des points communs et des similitudes : après tout, comme on dit, toutes les histoires d'amour se
ressemblent...
Par contre, je ne suis pas sûr de ce que tu me dis là, en tout cas pour ce qui est de mon histoire, parce que même si je me suis posé la question (longtemps d'ailleurs) de savoir si je ne lui avais
pas trop mis la pression, ou qu'elle croyait que je voulais lui mettre la pression (ce qui est un peu différent, mais revient au même de sont point de vue à elle, du point de vue de son ressenti),
en fin de compte il ne semble pas que ce soit ça le point crucial, d'après ce que j'en ai compris de nos différentes discussions.
J'ai dis compris, puisqu'en fait, il m'est bien difficile de savoir ce qui est juste ou pas, ce qu'elle peut bien me dire en espérant ne pas trop me blesser, ce qu'elle peut omettre de me dire
parce que ce serait indicible, ce qu'elle peut me dire justement pour ne pas laisser la porte ouverte même si elle ne le pense pas vraiment... Bref, c'est toujours dans une espèce de brouillard et
de nébuleuse que l'on se sort des histoires d'amour.
Pour ce qui me concerne, il n'y a pas d'enfant au milieu qui puisse souffrir, ou ait pu souffrir, de tout ça, mais je ne suis pas d'accord avec ton affirmation. Sans doute que je pense ou écrit ça
parce que je suis un homme, mais je ne crois guère à l'amitié homme/femme, et dans le cas que tu cites, je ne suis pas bien sûr qu'il s'agisse d'amitié, mais plutôt d'un modus vivendi, un moyen de
faire au mieux vu les circonstances et les vies de chacun...
Que l'on puisse être ami avec une femme que l'on a aimé me semble très difficilement envisageable : si c'est possible que l'on ait été ami, on n'en était pas moins amants, et c'est ce mélange qui
est agréable, parce qu'il reste toujours des réflexes et des habitudes qui n'ont plus du tout lieu d'être entre simples amis à ce qu'il me semble, puisque l'on a plus aucun droit de regard sur la
vie de l'autre ou sa façon de la mener, alors qu'on le connait tout particulièrement bien et que ça en est d'autant plus insupportable...
Mais j'ai comme l'impression que je n'ai pas été d'une clarté et d'une limpidité en écrivant tout ça !


Amelie 19/12/2009 15:16


Bon alors là c'est toi qui en as trop dit (et je n'envisage même pas le "ou pas assez") ! Maintenant je veux savoir ce que tu leur as raconté et une petite description de leur tête en sus serait
formidable (-:

Et bientôt, l'histoire des bananes et de la boîte aux lettres sur ton écran ! Suspense !


Saint Luc 24/12/2009 12:26


Vu que ça a l'air de te titiller, j'essaierai de trouver le temps de pondre un piti article sur les circonstances pédagogiques qui ont présidé à l'exhibition de ta prose... et des conséquences
intellectuelles sur un public jeune et interloqué !

Par contre, l'histoire de la banane et de la boîte aux lettres, ça ne me parle pas, de quoi s'agit-il ? De quoi en retourne-t'il ? Parce que là, je ne vois guère...
A moins que ce ne soit quelque chose sur ton chez toi, où je vais aller de ce pas...


Amelie 17/12/2009 19:31


Je me réveille un peu tard mais... "Pour avoir testé cet après-midi" : testé l'écriture en miroir ? Avoir montré ça à tes élèves ?


Saint Luc 18/12/2009 21:08


Ben oui !
Non seulement je leur ai parlé de toi, mais je leur ai même montré ton courrier avec un petit coup de miroir pour leur expliquer... Je te raconte pas leur tête, c'était mémorable.