Ooops I did it again ! part 5

Publié le par Saint Luc


En guise de conclusion provisoire ? ce n'est donc pas de savoir si Jeff Koons devrait être exposé en France dont il devrait être question.



Eventuellement on peut se poser la questi on de savoir devrait être exposé Jeff Koons, et là la réponse deviendrait plus pertinente et judicieuse.



En effet, Jean-Jacques Aillagon (est force est de lui reconnaître un certain courage d'organiser un tel événement, au vu des réactions que cela a suscité...) oups, je voulais dire Jean-Jacques, qui a permis maintenant cette exposition à Versailles, a auparavant été ministre de la culture, alors que ne l'a t-il fait du temps où il était Rue de Valois c'est-à-dire à un moment où il aurait été possible de s'interroger sur le lieu le plus adéquat pour présenter ces oeuvres ?

Mais...

Mais sans doute était-il trop occupé à l'époque, empêtré dans le conflit qu'il avait provoqué avec les intermittents du spectacle, et ne voulant pas en plus rajouter une polémique à une autre ben quoi, c'est vrai, il faut pas pousser Mémé Micheline dans les orties non plus.

Se ralliant alors à une majorité bien-pensante qui considérait qu' il y avait définitivement en France trop de personnes qui vivaient des aides du ministère dont il était en charge.


Photographie Nantes Indymédias


A ce point, je me bornerai et vous me croyez encore quand je commence mes phrases comme ça ? à rappeller à tous ceux qui pourraient penser qu'en France TROP de gens vivent au crochet du ministère de la culture on compte environ 440 000 artistes soit proportionnellement 1,5 % de la population active, c'est-à-dire autant, voire moins parfois, que dans d'autres pays auquels on pourrait comparer la France (que ce soit le Royaume Uni, l'Allemagne ou les Etats-Unis...), il n'y a donc pas TROP d'artistes dans notre pays, là ou dans d'autres il y en aurait un nombre acceptable : la SEULE différence réside dans l'écart entre ce que font les artistes et ce que le public est prêt à accepter - ou plutôt ce que CERTAINS présentent au public comme acceptable que ce soit par méconnaissance du domaine artistique et culturel ou par manque d'ambition à faire se rapprocher le public de la création contemporaine.



Pour prendre un exemple parmi tant d'autres, il est de notoriété publique que tel ou tel ministre de la culture apprècie tel ou tel artiste, telle ou telle oeuvre, qui parfois fait débat dans la sphère publique et fait irruption dans l'actualité mais il n'est jamais évoqué sérieusement ce dont il s'agit, ni même le pourquoi de cet attachement, ce qui pourrait être une manière d'explication et de début de pédagogie, chacun ses petits travers et ses idées fixes, je suis prof après tout, certes pas suffisante mais qui aurait au moins le mérite d'exister.


Photographie David Coulon/L'Express
Daniel Buren, sculpteur


Que l'on se souvienne des Deux Plateaux de Daniel Buren improprement nommés "colonnes de Buren" qui font maintenant de nouveau débat depuis que l'on parle de leur restauration, et ce APRES que le public a choisi de se l'approprier, que ce soient des badauds parisiens, des grumeaux apprenant le vélocypède, des adolescents munis de divers engins à roulettes ou de touristes débarquant de tous les coins de la planète, tous circulant parmi cette installation laissée depuis bien longtemps dans un quasi abandon.


Photographie AFP


Car de qui se moque-t-on avec les deux restaurations - plus que partielles - qui ont été effectuées (d'abord le colmatage des fuites des fontaines par du béton, recouvrant du même coup le système lumineux, les deux devenant inopérants; puis le polissage des colonnes afin de restaurer leur couleur originelle, permettant de garder les apparences sauves, faire croire que l'oeuvre est toujours intacte, alors qu'elle ne conserve QUE son aspect ludique) pour ce qui se trouve directement sous les fenêtres du ministère de la culture, et qui a vu passer un certain nombre de ministres sans que de vrais travaux soient entrepris.
Et qui devrait pourtant bien ressembler à toute autre chose que ce que l'on nous montre depuis longtemps maintenant.


Photographie D. Buren/coll. particulière

Et il faut que ce soit Daniel Buren lui-même qui s'indigne et propose la démolition pure et simple pour que le dossier avance, et que ce soit Christine - je veux dire Christine Albanel, vous l'aurez compris, mais comme maintenant on se connaît bien (toi et moi cher ninternaute, pas Christine et moi  rholalala...) - son interlocuteur pour que les mesures soient annoncées.

Ressurgissent alors les mêmes invectives et les mêmes propos que lors de la construction sur la qualité, sur le coût et sur l'implantation, mais NULLE PART mention des objectifs, de la démarche de l'artiste, de ce que les travaux vont restaurer, de la raison qui fait prévaloir la conservation plutôt que la destruction, de ce à quoi cela ressemblait à l'origine, ni - opportunément - que ce qui se trouvait là auparavant était ça :



Photographie D. Buren/coll. particulière

Et là je reviens sur ce que j'avais dit précédemment sur un ancien article si si, celui que vous n'avez pas lu car je suis comme un chat, je retombe toujours sur mes pattes ma pensée avance de façon cyclique, s'il y a bien un organe qui puisse rappeler tout cela, ou n'importe laquelle de ces choses, dans l'espoir de faire cesser les polémiques stériles et en grande partie due à l'ignorance, bref de combler un peu le gouffre d'incompréhension qui sépare le grand public des oeuvres, qui ne suscitent plus guère, je l'ai déjà dit, que défiance, incompréhension, rejet, voire mépris, c'est bien le ministère de la culture.




CE QU'IL NE FAIT PAS.





OU QU'IL NE FAIT PLUS.





Dans ces conditions il n'est pas tellement étonnant que l'art contemporain s'expose alors à New York, Bilbao, Londres, Los Angeles...
Et qu'en France ce soit uniquement possible dans des endroits hors de la tutelle directe du ministère que cela soit possible.

Et encore.

Car faute de voir souvent, ou au moins régulièrement, de l'art contemporain comment le public pourrait se faire une idée juste de ce dont il s'agit et aiguiser du même coup son palais et affiner son gout ?

Et dans les rares occasions où c'est le cas, RIEN NE PEUT JUSTIFIER l'absence d'explications et de tentatives de rapprochement entre la création et le grand public.



Photographie AFP/La Provence
Jack Lang, ancien ministre de la culture

Ce que s'employait à faire - à grand renfort de médiatisation - Jack Lang qui bénéficiait d'un lien particulier avec François Mitterrand, et c'est d'ailleurs un peu navrant incroyable que ce soit lui qui ait été notre meilleur  ministre de la culture,  une relation du même ordre que celui qu'entretenait le général De Gaulle et André Malraux, les problêmes n'étant donc pas tant le budget restreint, la décentralisation pas toujours aboutie, la pléthore d'individus dépendant du ministère, la compétence de tel ou tel responsable, mais plutôt la certitude qu'il ne leur était pas d'une impérieuse necessité de défendre leur maroquin.


Ou pour le dire d'une façon moins désagréable et cynique, qu'ils pourraient conduire une stratégie sur le long terme et installer une réelle politique dans le temps, au lieu de gérer au jour le jour les dossiers, de vouloir obtenir des résultats afin de rester en poste, ce qui est le lot des hommes politiques, il faut bien le reconnaître, pensant au minimum en même temps qu'à leurs dossiers aux prochaines échéances électorales repoussant, du coup, un certain nombre d'orientations et de décisions impopulaires qui pourraient ou risqueraient de les desservir, on attrappe pas des mouches avec du vinaigre, c'est sûr, déléguant à ceux qui ne sont pas soumis aux échéances électorales le s oin d'assurer la continuité des actions culturelles tout en gardant le contrôle des attributions des subventions et en voulant conserver le pouvoir décisionnel (une décentralisation d'une part des responsabilités donc, mais pas de décentralisation des moyens faut pas pousser nanmého !).



Car c'est là que se pose un épineux problème, d'ailleurs bien entrevu par Jean-Jacques lui qui est connu pour se méfier de la politique,  mais peut-être pas assez il semblerait, lorsqu'en 2002 on lu i dem andait quel était le rôle du ministre de la culture, à quoi il répondait que "ce n'est surtout pas de faire la cuture, c'est de la servir, ce n'est pas de faire mais d'aider à faire fa ire".



Sauf qu'il est bien un homme politique en occupant ce poste, et que le but d'un homme politique est bien d'occuper sa fonction - afin de poursuivre sa politique sur un plus long terme - là où le but du ministre, ou ce  qui devrait être son but, est d'assurer une politique sur le long terme -
et ce indépendemment de celui qui occupe la fonction.





Or, en ce qui concerne la culture, comme d'ailleurs dans des domaines comme l'éducation, la santé ou la recherche, c'est un contresens absolu que de raisonner à brève échéance, sinon à vouloir construire sur du sable, et s'il faut un moyen de faire en sorte qu'une vraie politique culturelle soit conduite, il réside sans doute dans l'indépendance des contingences politiques.




A l'instar de ce qui se fait outre-atlantique, où il n'existe pas de d'équivalent à notre ministère de la culture mais bien une institution chargée de coordonner et de superviser principalement l'attribution de subventions aux différents organes s'occupant de la culture, les membres étant toutefois nommé par le président mais leurs mandat NE POUVANT ETRE REMIS EN CAUSE, ce qui assure une liberté de manoeuvre importante et la mise en place de projets à long terme.



Ce qui signifie non pas la suppression de l'institution en tant que telle, ce que préconise et envisage un peu hativement et peu judicieusement Jean-Jacques, et sans se préoccuper ou parler des mesures qui doivent accompagner de telles décisions, on parle pas là de changer les salières ou les poivriers de la cantine du ministère de la culture, comme c'est bien souvent le cas, mais bien de sa suppression en tant que ministère, c'est-à-dire lié au destin de celui qui gouverne, qu'il soit premier ministre ou président.




Voila ce qui pourrait faire rayonner et faire du bien à la culture en France.


Publié dans Humeur

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Fardoise 03/02/2009 19:22

Vaste débat dans un pays où l'on se gausse de la culture, surtout chez nos politiques. De tous les services publics, c'est le seul qui ne soit pas gratuit. Et d'un. Qu'est-ce que la culture sans les artistes et c'est bien le problème posé par l'oeuvre de Daniel Buren, et c'est le sens de l'appel lancé par un collectif d'artistes contre la restauration de cette oeuvre en particulier, mais bien d'autres de lui ont déjà purement et simplement disparu. J'avais relayé cet appel, tant il avait, semble-t-il bénéficier d'un honteux régime de faveur à une certaine époque. Comme Calder ou d'autres antérieurement. Malheureusement pour Buren, ses réalisations vieillisent mal.
Or, il semble bien que le problème ne soit pas là. Débattre sur le sort d'un seul artiste, c'est bien faire le jeu de cette non politique culturelle qui laisse dépérir ses artistes et leurs oeuvres.
Merci pour cet article.

Saint Luc 04/02/2009 18:21


Personnellement, j'aime bien le travail de Daniel Buren (mais ça je pense que ça se sentais un peu...), surtout quand je vois ce qui est prévu au départ et à l'inauguration.

Et sans doute tu n'as pas tout à fait tort en disant que ces oeuvres ne vieillissent pas très bien, mais je ne peux m'empécher de me demander si c'est quelque chose d'inhérent à ces réalisation ou
si c'est en raison d'un manque cruel d'entretien, et je risque peut-être de choquer en disant cela, mais je pense que plutôt que de se lancer dans une course effrenée à l'ornementation de tous les
ronds points par des sculptures (dont un certain nombre n'ont que peu d'intérêt artistique réel) il serait sans doute plus judicieux de concentrer les moyens sur un nombre plus restreint d'oeuvres,
mais en comprenant aussi leur entretien, de façon à ce qu'elles restent comme elles le sont à l'origine !

Et c'est pour cela que j'ai pris comme exemple Daniel Buren, car son cas on peut bien mesurer l'écart entre ce qu'était l'oeuvre à l'origine et ce qu'elle est devenue, à peine plus que l'ombre
d'elle-même ainsi que l'on peut le constater d'après les images.


Néanmoins, je pense aussi, et là on est d'accord, qu'il faut envisager le problême de façon plus globale, or ce qui est vrai dans l'exemple de ce qui se trouve directement sous les fenêtres du
ministère, est encore plus vrai pour une multitudes d'oeuvres un peu partout au travers du pays. Il ne s'agit là que d'un cas, dont je me sert comme révélateur, d'autant plus incompréhensible et
incroyable vu sa situation géographique bien particulière et de l'audience dont bénéficie (que ce soit mérité ou pas d'ailleurs) Daniel Buren.